Le ridicule ne tue pas, la canicule si !

lundi 24 août 2026


Article paru dans Contrepoint, le journal des adhérents du CréSEP Sundep, en juillet 2026.

Alors qu’une première vague de chaleurs extrêmes a frappé la France dès le mois de mai, et que la canicule s’est installée pendant 14 jours en juin, les conditions de travail de tous les personnels de l’éducation s’en sont trouvées hautement dégradées, particulièrement pénibles et dangereuses, voire mortelles.

Le 31 décembre 2022, le Président Macron s’interrogeait : « Qui aurait pu prédire [...] la crise climatique ? » Quatre ans plus tard, il semble que son déni reste total, tant le refus de prendre en compte le réchauffement climatique est palpable ! Aucune politique d’adaptation du bâti scolaire ou hospitalier n’a été mise en place, laissant élèves et patients, autant que personnels éducatifs et médicaux, subir des températures extrêmes relevées partout en France dans les locaux.

D’aucuns ont profité de l’épisode pour faire le buzz, tel Louis Sarkozy qui, le 27 mai sur RMC, s’est fait le chantre de la climatisation, synonyme à ses yeux de civilisation. À l’entendre, on entendrait presque un pastiche de la célèbre phrase attribuée à Marie-Antoinette : « S’ils n’ont pas de ventilateur, qu’ils installent des climatiseurs ! »

Peut-être protégé de la chaleur grâce à son patronyme, le ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, s’est félicité mi-juin quant à lui d’avoir préparé avec ses équipes un document de « Recommandations à destination des directeurs d’école et des chefs d’établissement pour prévenir les effets de la canicule ». Les enseignants ont pu y trouver de précieux conseils pratiques auxquels ils n’auraient sans doute jamais pensé par eux-mêmes, tels que « garder les enfants dans une ambiance fraîche », « fermer les volets et les rideaux », « éviter les expositions prolongées au soleil », « limiter les dépenses physiques et activités sportives ». Ces préconisations pourraient être drôles, si elles n’étaient pas criminelles : les collègues ont été livrés à eux-mêmes, obligés de bricoler des solutions pour continuer d’accueillir, quoi qu’il en coûte, les élèves en classe ! Certains ont d’ailleurs été victimes de malaises.

Dans les meilleurs des cas, le CSE a joué son rôle et a permis une réduction des risques, en exigeant la fermeture des établissements l’après-midi et/ou a minima l’équipement de toutes les salles en ventilateurs. La plupart du temps, hélas, les personnels se sont retrouvés en plein désarroi face à l’impréparation notoire et à la déresponsabilisation du gouvernement, qui a renvoyé au local, sans moyens et sans consigne claire, les décisions d’aménagement et de fermeture éventuelle. Aussi, ici et là, ce sont les enseignants eux-mêmes ou des parents d’élèves qui ont prêté ventilateurs et climatiseurs portables afin d’abaisser de quelques degrés la température des salles de classe.

Les annonces bruyantes du ministre concernant la possibilité d’aménager les épreuves orales du baccalauréat, en modifiant notamment les horaires de convocation des élèves pour supprimer les passages en après-midi, ont été de facto très peu suivies d’effet sur le terrain, attendu les délais très courts de convocation et le manque de réactivité des administrations et du SIEC. Nombre d’enseignants témoignent de conditions d’évaluation atroces, qu’ils ont pourtant bel et bien supportées, de peur de se voir sanctionnés. Une fois de plus, la conscience professionnelle des collègues l’emporte, au détriment de leur santé et bien souvent en dépit du bon sens.

Le CréSEP Sundep dénonce l’impréparation et l’irresponsabilité du gouvernement dans la gestion de cette crise climatique. Nous continuerons dès septembre d’être mobilisés pour une réelle prise en compte du réchauffement climatique et de l’écologie.